Le pays de Tarascon

 

 

 

Les Châteaux

 

Le Château de Miglos

Aquarelle Michel Raluy

Aquarelle Michel Raluy

Le château féodal de Miglos, qui dresse ses imposantes ruines en un point stratégique de la vallée du Vicdessos, entre Niaux et Capoulet, défendait au Moyen Age une grande partie de la contrée.Un examen des vestiges dénote une facture du XIVè siècle.Cependant, sans aucun doute possible, cette forteresse existait déjà dés le milieu du XIIè siècle ( Pierre de Miglos figure parmi les seigneurs ayant rendu hommage au Comte de Foix, le 14 janvier 1160 ). Sa présence formelle est d'ailleurs attestée en 1213 ( acte d'allégeance du Comte de Foix à l'église de Rome ). Également, le" Castro de Miglos" est cité en 1272 dans une enquête sur la délimitation du Comté de Foix. De ce qui fut la demeure des "Barons de Miglos" ( une bâtisse d'environ 600m2 ) ne subsistent aujourd'hui que des ruines: le donjon carré, une grande salle pourvue de cheminée et une tour carrée à, l'ouest, surmontant une pièce au plafond voûté.

Au tout début du XIVè siècle, la famille de Miglos, qui possédait ce fief noble depuis 150 ans, en est dépossédée du fait de son adhésion à la cause Cathare, au profit de celle de De Son ( Bernard De Son restaura le château en 1320). Par la suite, s'y succéderont les (De) Rabat, Arnave, Louvie, Beon, Goth et Montaud Pendant la première Révolution, le château sera la proie des flammes. A cette époque, le baron Jean-Louis Miglos et sa famille habitent une vaste demeure sise à l' entrée d' Arquizat, côté Capoulet. C'est ce château qui sera mis à sac lors des évènements de 1830. Obligé de s'enfuir, le propriétaire ( Jean Louis Hyacinthe de Vendomois, qui avait épousé l' héritière des De Montaud-Miglos) vendra tous les biens aux habitants de cette commune.

Actuellement les ruines appartiennent au Conseil Général de l'Ariège. Elles ont été classées par les monuments historiques le 22 septembre 1987.Créée la même année, l'association des Amis du Château de Miglos ( Mairie de Miglos 09400 Tarascon sur Ariège) s'est fixé pour objectifs de sauvegarder ces vestiges et mettre le site en valeur, en apportant son concours aux autorités concernées.  

           

Le château de Quié

 

Situé tout à côté et à l'ouest de Tarascon, le village de Quié a une origine fort ancienne : son nom ne serait que la déformation du radical ibéro-celtique KER, devenu quer, quier,puis Quié, et signifiant pointe ou crête de rocher, ou rocher élevé ; le village est en effet bâti au pied d'une roche escarpée qui a supporté jadis un château féodal. Cette racine ker quer ou car, plus ou moins déformée, se retrouve dans une foule de noms servant à désigner des formations rocheuses élevées ou escarpées de notre pays. Au sommet du rocher de Quié on remarque encore une ceinture de vieilles murailles couronnant le pourtour et qui sont les derniers débris de l'enceinte fortifiée du château. Ce château contribuait, avec celui de Tarascon qui lui faisait vis-à-vis, à la défense du passage étroit que forme la vallée en ce lieu. Au cours de l'année 1924 des fouilles furent exécutées dans les ruines du château : elles aboutirent à la découverte de vestiges de la période gallo-romaine et de l'époque wisigothique, notamment un beau vase en terre, indice du séjour des Romains en ce lieu qu'ils durent certainement fortifier.

Cependant le nom de Quier ne se trouve mentionné dans les annales historiques de la contrée qu'à partir du début du XIIè siècle : en l'an l126 c'était le chef-lieu d'une châtellenie, et le château était déjà construit à cette date, car on relève un Arnaud de Quier qui se porta garant d'Athon-Arnaud de Château-Verdun au sujet de la donation faite par ce dernier aux abbés de Boulbonne, de tout l'honneur qu'il avait au terrain de Génat, au lieu dit Electùs. Un autre acte antérieur, non daté, mais qui se situe aux environs de l'an l100, mentionne qu'un Aton-Arnaud de Quier donne aux chanoines de Saint-Sernin de Toulouse la moitié de l'église de Saint-Martin de Saoe ( Vicdessos). En l133, le même Arnaud de Quier confirme le testament qu'il avait fait antérieurement et selon lequel il donnait à Roger III, comte de Foix, la moitié du château et de la seigneurie de Quier, et laissait l'autre moitié à sa famille qui devait en rendre hommage au comte de Foix. C'est le premier acte mentionnant d'une façon authentique le château de Quié. Plus tard, le 19 des calendes de février (14 janvier) l159, Arnaud de Quier rendit hommage, pour son château, au comte de Foix. Un peu plus tard, en 1211, au moment de l'épopée albigeoise, Simon de Montfort s'empara du château et y mit le chevalier Guillaume d'Aura (ou Daure) pour y tenir garnison. Mais le comte de Foix ayant un moment repris l'avantage, vint assiéger la place ; il dut l'abandonner à l'annonce de l'arrivée de nouvelles troupes de croisés.

Quelques 50 ans après, en 1267, lorsque la paix fut revenue, le comte de Foix Roger-Bernard III donna le château en fief à Grise, femme de Roger de Comminges ; celle-ci le céda à son tour à son fils Arnaud d'Espagne en même temps que tous les droits attachés à la seigneurie. Arnaud d'Espagne épousa d'ailleurs la soeur du comte de Foix, et celui-ci exigea de son beau-frère qu'il laissât, par testament, le château de Quié à l'un de ses neveux. En 1277 Arnaud d'Espagne ayant voulu s'affranchir du vasselage du comte de Foix et reconnaître le comte de Toulouse comme son suzerain, Roger-Bernard le somma de quitter la place de Quié. Amaud en appela au sénéchal de Toulouse qui le maintint en possession du fief. Le 6 août de la même année, le comte de Foix fit appel de cette sentence devant le roi ; et le 18 octobre suivant il envoya Béranger de Celles pour déloger le seigneur de Quié, mais sans succès. Cependant, le 20 décembre 1282 le sénéchal de Carcassonne ordonna que le château fut remis à Roger-Bernard. Cet ordre ne fut pas exécuté puisque dix ans après Amaud d'Espagne fut de nouveau sommé de rendre la place au comte de Foix. Le différend ne se termina qu'au mois de novembre 1294, époque à laquelle il fut soumis à l'arbitrage du comte d'Astarac : cet arbitre adjugea le château à Roger-Bernard, avec toutes ses dépendances. Par une charte de juillet 1328, le domaine de Quié fut inféodé à Sicard de Miramont à la charge de l'hommage-lige, c'est-à-dire de l'hommage par lequel il était étroitement lié envers son suzerain. Au moyen âge la ehâtellenie de Quié comptait parmi les plus importantes du comté de Foix. L'office de châtelain survécut à la réunion du comté à la Couronne. Le dernier seigneuret capitaine de la châtellenie fut Charles de Laquesne, vivant en 1660.

 

Le château du Calames

 

La charmante vallée de Saurat était autrefois protégée à l'est et au sud-est, soit du côté le plus facilement accessible, par quatre forteresses dont on remarque encore quelques débris : sur la rive gauche du ruisseau étaient celles de Montarguel et de Montjoui ; sur la rive droite se dressaient celles de Calamès et de Miramont.

Le piton de Calamès porte encore à son sommet, et visibles de fort loin, les restes d'une tour. Si cette tour a pu appartenir à un château féodal, on peut supposer qu'elle prit la place de quelque tour de guet plus ancienne, sans doute de l'époque romaine, et qu'elle aurait pu succéder elle-même à un autel plus ancien édifié là-haut pour l'adoration d'un dieu païen, sans nul doute le Soleil. Il y a quelque cinquante ans, des paysans de Bédeilhac, village sis au pied du Calamès, questionnés au sujet de ces ruines, ont répondu ceci : " On ignore ce que c'était, mais nous avons entendu dire que c'était d'origine grecque. " Il est troublant que des hommes sans instruction, ne connaissant pas l'histoire grecque, aient recueilli cette tradition. D'où leur venait-elle ? Pourquoi s'est-elle transmise à travers les siècles en conservant le nom du peuple grec, et non celui du peuple romain, plus près de nous dans la chronologie historique ? Nous savons, d'autre part, que les Phocéens, qui descendaient des Phocidiens de Grèce et qui vinrent fonder de nombreux comptoirs en Méditerranée, s'acheminèrent vers l'océan Atlantique en passant dans notre pays de Foix, et on doit admettre que quelques-uns d'entre eux ont pu s'arrêter dans la contrée, et y rester ensuite, sans doute parce qu'ils la trouvèrent à leur convenance.

Divers indices semblent venir confirmer cette hypothèse. Nous en trouvons un premier dans l'étymologie plausible du mot Calamès, étymologie qui paraît dire être d'origine grecque, car nous retrouvons des noms similaires dans la Grèce antique : Calamata, ou Kalamata, était un port du Péloponèse, au fond du golfe de Coron, ou Koron ; Calamita, était une ville de Chersonèse Taurique, aujourd'hui Alma ; Calamis, ou Kalamis, fut un sculpteur grec. Cette ressemblance serait-elle le seul fait du hasard? Et dans ce cas, d'où ce nom tirerait-il son origine?  Il semble logique d'admettre que le nom de Calamès fut donné à ce piton par les Grecs qui, se fixant en ce lieu, songèrent à édifier au sommet du pic un temple du Soleil. D'autre part, un bas-relief grec fut découvert en 1829 à côté du village de Génat, non loin de là, comme nous l'avons déjà dit, ce qui ne laisse aucun doute sur le séjour prolongé des Grecs dans la contrée ; et le bois situé au sud de Gênat, entre ce village et celui de Lapége, a gardé le nom de Bois de Calamas. Quoi qu'il en soit de cette origine qui se perd dans un passé très lointain, le sommet de Calamès a supporté un château féodal dont le reste de tour qu'on voit est le dernier vestige.

Le château de Roquemaure

 

Le lieu de Génat était autrefois compris dans la châtellenie de Quié. Génat a certainement une origine très ancienne qui remonterait au-delà de l'occupation romaine. Le séjour des Romains sur ce plateau fertile est attesté par divers indices : une citadelle et des villas romaines, ainsi qu'un cimetière galloromain existaient là il y a quelque 2000 ans. En 1829 on y découvrit de nombreuses pièces de l'époque de l'empereur Auguste et de ses successeurs : 162 en bronze, 5 en argent et 2 en or ; mais on y découvrit aussi un bas-relief grec. C'est d'ailleurs sur le plateau de Génat que passait autrefois la voie phénicienne, puis phocéenne et romaine, qui se dirigeait, par les montagnes de Lapège, Illier, Suc et Sentenac, vers le port de Saleix et les mines d'or et d'argent de Castelminier, prèsd'Aulus, connues depuis une haute antiquité.

Plus près de nous, et vers le milieu du siècle, une forteresse existait déjà près de Génat ; on la considérait comme étant d'origine sarrasine, car des actes du Xè siècle font mention d'un château de Roquemaure existant au centre du Sabarthès, et que l'on croit avoir été celui de Génat. Les paysans de la contrée, déformant le nom de Roquemaure, appelaient Roco-Marlo ce château dont les fondements peuvent se voir encore sur la crête qui s'élève à pic ou-dessus du bassin de Tarascon. Lorsque les troupes de Charlemagne livrèrent bataille aux Sarrasins, en 778, près de Tarascon, ces derniers s'étaient retranchés dans ce château de Roquemaure, et non loin de là ils avaient établi un campement dont l'emplacement est désigné encore aujourd'hui par l'expression " le Camp Sarrasi ".

Après la retraite des Maures, ce château resta longtemps debout sous l'autorité des seigneurs de Quié, et peut-être fut-il reconstruit ou restauré par ces derniers. Sous le règne de Louis VI, vers1110, on relève un Pierre de Roquemaure qui rendit à l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse l'église d'Asnac (Arignac) qu'il avait usurpée. Mais le document authentique qui mentionne ce château pour la première fois, sous le nom d'Egenad, date du 19 des calendes de février (14 janvier) 1159, date à laquelle Arnaud de Quier rend hommage de ce château au comte de Foix, en même temps que de celui de Quié comme il a été dit plus haut. Mais le château de Génat, ou de Roquemaure, dut disparaître de bonne heure car il n'est plus mentionné par la suite.

Le château de Rabat Les Trois Seigneurs

 

Dès la fin du XIè siècle des actes mentionnent déjà les seigneurs de Rabat c'est dire qu'un premier château féodal avait été édifié en ce lieu : le 21 avril 1095, Bernard-Amiel de Rabat et Pierre-Raymond de Rabat signent trois actes relatifs à l'accord passé entre le comte de Foix Roger III et sa cousine Ermengarde, vicomtesse de Béziers, au .sujet des comtés de Carcassonne et de Razès. Et Pierre-Raymond de Rabat reçut du comte de Foix, au moment ou celui-ci partit pour la Terre Sainte en cette même année 1095, le commandement du château de Foix.On retrouve les seigneurs de Rabat mentionnés dans différents actes, ou intervenant à plusieurs reprises dans les affaires des comtes de Foix aux XIIè et XIIIè siècles. La plupart des membres de la famille de Rabat compromis,aux yeux de l'Eglise, dans la guerre des Albigeois pour avoir soutenu les comtes de Foix, furent dépossédés de la majeure partie de leurs domaines ; mais le fief de Rabat leur fut conservé car ils en rendirent hommage à Roger IV, comte de Foix, en 1244. Cependant cette seigneurie allait encore bientôt changer de mains : le comte de Foix Gaston I, ayant répudié sa première femme pour épouser la nièce du roi de France Philippe le Bel eut, après le deuxième mariage, un enfant de sa première femme, qui fut appelé Loup, et auquel le roi de France donna la baronnie de Rabat, tandis que .l'ancienne famille de Rabat quittait la région, La baronnie de Rabat devint alors la première des Etats de Foix. Plus tard, Louis XIV érigea cette baronnie en comté en faveur d'Henri-Gaston de Foix-Rabat.

Il est à présumer que ce fut vers la fin du XIVè siècle que les nouveaux seigneurs de Rabat firent reconstruire le château féodal, ou tout au moins réparer le castel primitif. La nouvelle construction ne paraissait pas, en effet, remonter guère au-delà du XVè siècle. Ce château, aujourd'hui totalement disparu, s'élevait sur le penchant de la colline, non loin de l'église actuelle. Un état de 1631 en donnait la description suivante :le château offre d'abord une tour, avec créneaux, bâtie de pierre et de cailloux à chaux et à sable. Au-dessus était un portail ; au-delà s'étendait une grande basse-cour environnée de murailles. Devant était une chaussée longue de 55 mètres, large de 4. Dans le corps du château on voyait un portail en pierre de taille avec porte ferrée au dehors. Au dessus de la demi-lune s'élevait une tour carrée mesurant 6 mètres de long et 4 de large ; à proximité, une autre tour portait l'escalier à vis ayant 4 mètres de diamètre. Près de cette tour, un porche long de 42 mètres,large de 4 mètres et demi, donnait accès à une étable et à la prison. Au second étage on voyait : une grande salle de17 mètres sur 8 et demi avec cheminée en pierre de taille ; une autre salle de 9 mètres et demi sur 10, à côté, dans une tour, un cabinet voûté, carré,enfin une arrière-chambre de 9 mètres sur 6. Au-dessus du porche, une galerie de 40 mètres de long sur 4 de large aboutissait à un réduit voûté ; à côté était une cuisine avec four et cheminée de briques, au 3e étage une galerie de 41 mètres de long sur 2 de large, donnait accès aux chambres, au nombre de sept. Au dessus étaient les machicoulis et les courtines. Non compris dans ceux qui furent rasés à partir de 1632 par ordre de Louis XIII, ce château dut être détruit vers la fin du XVIIè siècle lorsque s'éteignit la descendance masculine de la maison de Rabat ; mais peut-être le temps et les intempéries se chargèrent, seuls, de cette destruction, Dans tous les cas il était en ruines en 1741.

Le château de Montorgueil

 

Quant au château de Montargueil, il s'élevait à l'est et non loin de celui de Montjoui, mais sur le territoire de la commune de Bédeilhac, près du hameau d'Aynat. On ne possède aucun document historique sur ce château dont il reste un joli tronçon de tour pentagonale qui domine encore orgueilleusement la vallée du sommet de son mamelon.

Le château de Montjoui

 

Le château de Montjoui s'élevait au pied et au sud est du piton Siech, haut de 859 mètres. L’emplacement est aujourd'hui occupé par une ferme, pour l'édification de laquelle on a utilisé quelques substructions de la forteresse. Un érudit natif de Saurat, E. Maury, interrogea, au siècle dernier, le passé de Montjoui, mais en vain. " De cette demeure seigneuriale, dit il, le paysan a fait la ferme rustique où les bruits de guerre, les cris des archers, les hennissements des chevaux, les chants des ménestrels sont remplacés par les piaillements des poules et les beuglements des boeufs. " M. Maury déclare que le vieux Saurat était bâti à proximité de Montjoui, à l'endroit appelé encore aujourd'hui La Gardeilhe. On y remarque une croix désignant l'emplacement de l'église primitive de l'ancienne cité.

 

 

 

copyright S@bartnet.com